« Découverte d'une cantate de Bach : échos 

Le 9 juin dernier,
Sœur Gabrielle, Diaconesse de Reuilly,
présentait au groupe de prière
et aux oblats de l'Abbaye, la Cantate :
BWV 131 de Jean Sébastien Bach,
qui reprend le  psaume 129 :
« Aus der Tiefen rufe ich, Herr, zu dir »
« Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur ».


Voici quelques échos des participants :

"Une belle partition sur le cantate 131 de J S Bach, goûteuse et avec des pauses pour l'apprécier... qui me conduit au désir d'aller en écouter d'autres !
 Merci beaucoup à Sœur Gabrielle qui m'a appris à mieux écouter."
 Anne
Merci, j'ai pu réécouter cette cantate et la partager avec un ami qui vient de perdre son neveu (51 ans) décédé accidentellement .
Toute la famille est sous le choc. Je la confie à vos prières.
"Quelle joie de pouvoir communier dans la musique et prier ensemble avec les psaumes, c'est de l'oecuménisme vécu concrètement. Merci aux deux communautés de nous permettre de vivre ces moments d'unité et spécialement à Sœur Gabrielle qui nous a ouverts à la beauté de la musique de J-S Bach. Rendons grâces à l'Esprit pour son action dans nos coeurs."
Françoise
Encore merci à Sœur Gabrielle, à un moment de la session j'ai pris la place du psalmiste et ma prière était vraiment intensive, renforcée par la musique et les instruments que j'aime particulièrement. Beau moment !
Jeanine
"Je garderai de cette journée la mémoire du chant du hautbois, souffle de l'Esprit-Saint... La mémoire de "cette âme qui s'obstine". Et la mémoire de la douce, tranquille et lumineuse étude de Soeur Gabrielle. Quelques heures de calme, d'écoute pour une seule de ces 200 Cantates, et le sentiment que prendre du temps, c'est ouvrir une porte sur le bonheur et sur l'Eternité."
Michèle-Noëlle
Quelques mots pour vous partager mon sentiment sur notre journée avec Sr Gabrielle.

C'est d'abord une vraie chance d'avoir pu "décortiquer" un psaume sous la baguette d'un musicien, le texte prend une autre forme, une plus grande intensité, la musique traduisant soit la gravité des mots, soit l'espérance, soit la lumière de notre Seigneur.

La mise en forme musicale du psaume et la redondance des phrases, donne une insistance, une force à la supplique " Des profondeurs je crie vers toi SEIGNEUR", supplique annoncée par la voix de basse et reprit par le choeur en écho. Nous ne pouvons qu'imaginer le peuple d'Israel dans le désert, ou bien nous lorsque nous traversons le désert de la foi, des difficultés du quotidien ....."Car auprès de Toi est le pardon"... C'est Toi Seigneur qui me remet debout... "Tu as expié sur le Bois mon péché", et cela par Amour . J'ai confiance en ta rédemption ...La présence du hautbois comparable à la brise légère de Dieu, accompagne la supplique des choristes...Présence / Absence ... Toujours discret mais Bien Présent ...Malgré les nuits de solitude...

Invitation de Sr Gabrielle :
Dans mes temps de difficultés ou de détresse, où j'ai crié des profondeurs, ai je fais l'expérience d'avoir été accompagné par la présence de Dieu..??

"J'attends le Seigneur""Je désire le Seigneur, mon âme désire, et j'espère en sa Parole"... Une autre phrase résonne :"Reçois moi Seigneur selon ta Parole et je vivrai, ne déçoit pas mon espérance"...
Sans espérance, l'attente peut se durcir et se transformer en résignation ....
Par la force du choeur et la voix du soliste, l'aveu du péché est là, c'est un fait, mais l'espérance, l'Amour renverse la désespérance . "Mon âme attend le Seigneur d'une veille du matin à l'autre"...La désespérance est surmontée..
Le violoncelle a remplacé la légèreté du hautbois, me faisant penser à l'icône de la résurrection où le Christ tire par la main en se penchant un pécheur du ventre des enfers....
Je tends les mains, ma coupe attend d'être comblée par le Seigneur, dans la confiance et l'abandon, je m'en remets à la Grâce Divine...

Invitation de Sr Gabrielle :
Que me dit cette cantate de mon chemin d'espérance ???...

Ce fut un vrai temps de grâce, où Dieu nous parle d'une autre manière... la traduction différente du psaume oblige à se concentrer sur les mots..

Je garderai de cette très belle journée un message clé de notre Seigneur: "confiance, demeurez en moi comme moi en vous"....

De quoi passer un bel été !!!
Marcelle
oui... avec “Bach“, j’ai découvert la beauté, la force l’intensité dans les voix, les instruments.
Et surtout sr Gabrielle a une très bonne pédagogie, pour faire passer son “gout" de Bach...
Oui, cela m’a beaucoup interpellé et à certains moments fait prier.
Beaucoup de grâce ...
Surprenant.... cet après midi, en allant à la bibliothèque, j’ai trouvé à l’entrée une revue sur "la Passion selon Bach", je l’ai tout de suite prise pour la lire.
Je pense qu’avant, je n’aurais pas fait attention à tout cela.
C'est pour dire que c’est bien qu’il y ait des personnes passionnées qui donnent envie de “gouter”...
Dominique
A la découverte d’une cantate de Bach…

Aimant bien être bercée par de belles musiques, j’écoute des œuvres de Bach de temps en temps, et, bien sûr, quand j’ai su qu’à Limon, cher à mon cœur, était organisée une journée où une moniale protestante( diaconesse de Reuilly) allait présenter la cantate que ce musicien avait écrite à partir du psaume 130 (Du fond de l’abîme, je t’appelle Seigneur…), je ne pouvais qu’accourir, surtout que j’affectionne particulièrement toute rencontre œcuménique qui me fait sentir la dimension universelle de l’Eglise du Christ, riche en nombreuses demeures, et qui me donne l’assurance de la joie du Père quand ses enfants, qui cheminent chacun de leur côté, prennent un temps pour se réunir…

Passionnée par Jean-Sébastien Bach et ses œuvres vocales, qui sont encourageantes pour la foi, Sœur Gabrielle a vécu, il y a 4 ans, une année sabbatique qui lui a permis de découvrir des cantates de ce grand maître. A l’ombre du surprenant bouquet d’une oblate de Limon( Jeanine), elle a guidé ceux qui étaient venus l’écouter, ce samedi 9 juin 2012, dans un merveilleux voyage musical, en fournissant aux néophytes les éléments et les repères nécessaires pour s’aventurer sur des chemins qui jusque là leur étaient inconnus… Désormais ils savent que la joie domine l’œuvre de Bach et que lorsqu’une personne ne va pas bien, il suffit qu’elle écoute cette musique pour que tout se remette en place en elle…

Jean-Sébastien Bach est né dans une grande famille de musiciens originaire de Bohème. L’ancêtre migrant était meunier et jouait de la musique en surveillant son moulin. Bach a passé sa vie comme responsable de la musique d’église, emploi qui est appelé cantor. Alors qu’il était organiste, à 22 ans, il a épousé sa première femme, Marie-Barbara, mais, quelques années plus tard, au retour d’un voyage, il apprit qu’elle était décédée et déjà enterrée, elle lui laissait 4 enfants en bas âge… Il s’est remarié avec une autre musicienne Anna-Magdaléna si bien qu’il fut père d’une vingtaine d’enfants dont seulement dix parvinrent à l’âge adulte. Ainsi la musique et la mort se sont conjuguées dans la vie du compositeur…

La cantate complète les textes du jour en relation avec le développement proposé dans la prédication. Le culte luthérien du XVII-XIIIème siècle, qui laissait une part importante à la musique car elle représente, comme le dit Saint Augustin, l’harmonie divine comprenait une cantate qui se situait en général avant la prédication, et parfois, si elle était plus longue, la seconde partie était donnée pendant l’eucharistie. Solistes, chœur et instruments se répondent tour à tour où s’unissent pour aider la prière des fidèles.

En 1717, en Allemagne centrale, à Mühlhausen, Bach, qui est alors organiste, compose cette cantate qui est l’une de ses premières œuvres. Elle a peut-être été écrite en lien avec le terrible drame survenu dans la ville peu de temps auparavant : un incendie a détruit plus de 300 maisons… Sans aucun doute les deuils personnels du compositeur ont guidé son inspiration mais la cantate visait avant tout à éclairer le texte du jour de l’Evangile de Saint Luc : le pharisien et le collecteur d’impôts.



La cantate débute avec ce chœur où les instruments précèdent les voix, le thème est donné par le violon puis repris par le chant soprano. Le chœur prend tout son temps pour évoquer ces profondeurs auxquelles il est difficile d’échapper. Le hautbois vient donner la lumière. Les voix se taisent un instant et les instruments terminent cette mesure.

Le mouvement musical se fait insistant pour « Herr, höre meine Stimme », ( Seigneur, écoute ma voix). Sur « la voix de ma supplication », les instruments s’unissent pour insister à nouveau.

Le terme « rufen » est très fort, il nous invite à appeler fermement le Seigneur en prenant conscience de notre liaison à toute l’humanité souffrante.

Tandis qu’il composait ses cantates, Bach avait le souci d’aider la prière personnelle et quotidienne des fidèles qui emportaient les feuillets sur lesquels elles étaient imprimées.

Ceux qui voudraient maintenant approfondir leur compréhension des cantates pourraient consulter les ouvrages de Gilles Cantagrel, musicologue spécialiste de Bach. Dans son livre Les cantates de Bach, un classement de 230 cantates les présente avec leur texte intégral en version originale accompagnée de leur traduction et de commentaires historiques, théologiques, musicaux… Les cantates religieuses sont classées suivant le calendrier liturgique et les profanes suivant les événements qui ont causé leur création…



Le choral est la voix de l’Eglise. Il vient nous rappeler que nous ne sommes pas seuls dans nos détresses mais qu’une multitude de frères nous entoure. C’est un symbole de la « communion des saints. Bach fait dialoguer 2 voix : la basse qui incarne la douleur et la voix de soprano qui représente l’Eglise.

Quant au rôle du hautbois, il est là pour apporter un soutien, une note d’espérance et de joie… Il nous rappelle que l’Esprit Saint nous précède et nous accompagne…

Chacun peut prendre un moment pour se demander s’il a eu dans une période de désespoir l’impression d’être accompagné…



L’intensité de l’attente est ici exprimée en 2 lignes ! Une voix se détache d’abord puis une autre ensuite… Elles s’élèvent des profondeurs sur une ligne mélodique brisée… Elles veulent exprimer une désespérance surmontée.

Il n’existe pas de terme équivalent satisfaisant au verbe « harren », « désirer ne lui correspond pas exactement car il ne renferme pas l’idée d’âpreté et de lutte qui réside dans le mot allemand…

Quant au terme « hoffe », il est répété 75 fois, à ces nombreuses injonctions à l’espoir, l’attente se mêle et l’espoir est bien nécessaire à l’attente pour empêcher qu’elle devienne résignation. Lorsque nous avons à vivre une période d’attente, il est bon de s’appuyer sur les paroles qui nous ont été données à un moment de grâce…



A l’attente remplie d’espérance vient maintenant s’ajouter de la confiance et le violoncelle a remplacé le hautbois pour soutenir ceux qui prient. Il s’agit d’un accompagnement simple et répétitif : 26 fois… puis encore 7 fois.

Le mot « attendre » dit qu’un chemin a été fait et que nous sommes sûrs d’avoir une réponse. Cet aria nous invite à nous tenir devant Dieu. C’est une lectio divina musicale. Il est un peu difficile de discerner le moment où la voix de d’alto vient s’ajouter à la sonorité des instruments et de celle du ténor. Pour bien entrer dans la grâce de ce passage, prenons notre Bible et cherchons les textes dont les références sont données, ici, au-dessus à droite et qui concernent les deux exemples de repentir évoqués : David et Manassé.

La Croix est ici évoquée : « …tant en ton sang être lavé des péchés », si le sang rappelle la souffrance du Christ, il nous dit aussi combien Notre Seigneur nous a aimés… Il a souffert pour nous racheter mais son supplice ne peut être dissocié de la joie d’être ainsi sauvés… Les notes graves et profondes du violoncelle accompagnent ces sentiments qui nous animent et l’instrument nous rassure…



Solennité, allégresse, vivacité… Le chœur commence par un triple appel pathétique, auquel succède une allégresse confiante « auprès du Seigneur est la grâce », il faut donc s’approcher tout près de Lui… La musique entraîne avec vivacité vers des sommets à l’aide de doubles croches avant d’aboutir à une intensité chromatique. Le final apporte sa solution dans une porte d’espérance et de lumière qui s’ouvre.

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Bilan personnel ?


Ainsi guidée par Sœur Gabrielle, j’ai vécu une merveilleuse journée : moi, qui ne suis pas mélomane, j’ai été surprise de distinguer des éléments musicaux qu’elle nous indiquait… Merci Sœur Gabrielle de m’avoir ainsi promenée au pays des sons de la musique baroque.

En effet, j’ai appris en fin d’après-midi que Bach appartenait à ce genre musical alors que moi je le rangeais parmi les classiques…

Il faut dire qu’au début de mes années du collège, le cours de musique avec Monsieur Téxaureau, tout contre la cathédrale de Sens, s’apparentait au cauchemar ! Ce professeur aveugle avait le souci d’avoir une chorale parfaite dans l’établissement pour filles dans lequel il enseignait : en début d’année, il nous faisait chanter une par une « A la claire fontaine… » et nous classait soprane, alti… A partir de la seconde année, j’aurais voulu échapper au supplice des répétitions et j’aurais voulu chanter faux à ce moment d’audition… Cependant, alors que je « déraille » facilement lorsque je chante seule, à ce moment-là, alors que je voulais de toutes mes forces chanter faux, je n’y arrivais pas… Et Monsieur Téxeaureau concluait : « Très bonne soprane ! ». J’étais absolument désolée d’être embarquée dans cette équipée, j’aurais tant voulu être recalée, éliminée, refusée…

Je n’étais pas la seule à avoir ce problème, mon amie Josette Bonnabeau( la fille du professeur de judo), qui pourtant d’ordinaire avait encore plus de problèmes que moi pour chanter juste y parvenait curieusement et exceptionnellement à cette occasion…

Venaient ensuite les répétitions tant redoutées et surtout ces instants terribles où notre professeur lâchait son piano et fonçait parmi la foule de gamines pétrifiées, saisissait la tête, les cheveux, les oreilles…de celle qu’il pensait coupable d’avoir fait une fausse note et la projetait violemment contre le mur derrière elle… La peur de cette honte, de cette brutalité… faisait que je n’ouvrais pas trop la bouche pendant les répétitions, ce qui ne m’empêchait pas d’avoir de grandes frayeurs quand notre professeur se précipitait sur nous : je savais qu’il avait une oreille très fine mais je me demandais toujours s’il ne se trompait pas parfois quand il agrippait quelqu’un…

Bien sûr les cours de solfège étaient plus tranquilles mais les dictées musicales me rebutaient vraiment… J’aurais voulu être ailleurs, étudier la musique autrement… Ceci explique ma pauvreté en compétence musicale et le ravissement que j’éprouve quand je parviens à quelques petits résultats dans ce domaine…

Samedi, j’ai eu une autre surprise : voilà, qu’à nouveau, je comprenais un peu l’Allemand, j’ai étudié cette belle langue de poètes romantiques pendant 4 ans puis j’ai tout oublié, une douzaine d’année après j’ai décidé de reprendre des études et de repasser le bac, j’ai pris des cours particuliers pour retrouver un niveau moyen en Allemand mais à peine l’examen passé, j’ai encore tout oublié… De temps en temps, je me dis qu’il faudrait réactiver ces connaissances endormies mais tant de pistes me tentent que je suis bien obligée d’en laisser quelques unes de côté… Aussi j’étais vraiment contente de cette occasion qui m’était donnée, samedi, de renouer un tout petit peu avec la langue germanique…

Encore merci pour tout, Sœur Gabrielle ! Marie José

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Qu'il est bon d'être à Limon !


J’apprécie vraiment, à chaque fois, de retrouver les lieux, les religieuses et mes amis de l’oblature. J’aimerais faire partager un peu ces moments intenses, extraordinaires…et amicaux à ceux que je connais, c’est aussi pour cela que j’ai repris mes notes et réfléchis à ce que j’avais vécu samedi. Sœur Mireille m’avait également demandé de rédiger mes impressions… Je pense que ces pages pourront un peu donner une idée à ceux qui n’ont pas pu être parmi nous de ce qu’ils ont manqué et qu’elles constitueront, pour ceux qui étaient là une sorte d’album souvenir…

A Limon, il se prépare ou il se passe toujours quelque chose d’intéressant, de surprenant, d’extraordinaire… Attendons ce qui suivra et surtout ne le manquons pas !

Marie José

 

Retrouvez cette belle cantate sur internet

Philippe Herreweghe - Collegium Vocale, Ghent
Peter Kooy, Bass
Howard Crook, tenor


Aus der Tiefe rufe ich
So du willst
Ich harre des Herrn
Meine Seele wartet
Israel, hoffe auf den herrn

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Abbaye Saint Louis du Temple, Vauhallan • mars 2017 Nous contacter